03 septembre 2009
Diderot et Darwin 03_09_09
Je trouve plaisant ce discours de Denis Diderot, pertinent d'annoncer Darwin...et théologiquement impertinent...
"Pensées sur l'interprétation de la nature" par. 13
Denis Diderot 1713-1784
Il semble que la nature se soit plu à varier le même mécanisme d’une infinité de manières différentes. Elle n’abandonne un genre de productions qu’après en avoir multiplié les individus sous toutes les faces possibles. Quand on considère le règne animal, et qu’on s’aperçoit que, parmi les quadrupèdes, il n’y en a pas un qui n’ait les fonctions et les parties, surtout intérieures, entièrement semblables à un autre quadrupède, ne croirait-on pas volontiers qu’il n’y a jamais eu qu’un premier animal prototype de tous les animaux, dont la nature n’a fait qu’allonger, raccourcir, transformer, multiplier, oblitérer certains organes ? Imaginez les doigts de la main réunis, et la matière des ongles si abondante que, venant à s’étendre et à se gonfler, elle enveloppe et couvre le tout; au lieu de la main d’un homme, vous aurez le pied d’un cheval. Quand on voit les métamorphoses successives de l’enveloppe du prototype, quel qu’il ait été, approcher un règne d’un autre règne par des degrés insensibles, et peupler les confins dès deux règnes (s’il est permis de se servir du terme de confins où il n’y a aucune division réelle), et peupler, dis-je, les confins des deux règnes d’êtres incertains, ambigus, dépouillés en grande partie des formes, des qualités et des fonctions de l’un, et revêtus des formes, des qualités, des fonctions de l’autre, qui ne se sentirait porté à croire qu’il n’y a jamais eu qu’un premier être prototype de tous les êtres ? Mais que cette conjecture philosophique soit admise avec le docteur Baumann comme vraie, ou rejetée avec M. de Buffon comme fausse, on ne niera pas qu’il ne faille l’embrasser comme une hypothèse essentielle au progrès de la physique expérimentale, à celui de la philosophie rationnelle, à la découverte et à l’explication des phénomènes qui dépendent de l’organisation. Car il est évident que la nature n’a pu conserver tant de ressemblance dans les parties et affecter tant de variété dans les formes, sans avoir souvent rendu sensible dans un être organisé ce qu’elle a dérobé dans un autre. C’est une femme qui aime à se travestir, et dont les différents déguisements, laissant échapper tantôt une partie, tantôt une autre, donnent quelque espérance à ceux qui la suivent avec assiduité de connaître un jour toute sa personne.
Commentaires
Salut , Morsli bis !
T'aurais pas un plan B par hasard?
Hé ! hé ! qui sait...
...peut-être que dans la bibliothèque du Beagle il y avait du Diderot.C'est vrai, la conception transformiste de la vie est décrite en termes clairs.A mon avis, un siècle ou deux auparavant, ces écrits lui auraient valu le bûcher.
Mais que devient Onfray Bogart dans tout ça?
je trouve la dernière phrase très juste...
ce phénomène est très bien décrit, très imagé...
Il y a quelques semaines...
...j'ai appris que Diderot comme Maupertuis d'ailleurs (mais lui ça ne m'a pas étonné), était partisan d'expériences de vivisection sur des condamnés à mort.
Morsli...
Plutôt étrange cette histoire de vivisection,juste pour des expériences
Mais que recherchaient-ils exactement??
La connaissance de l'être humaine pour justifier leur écrits....
Etaient -ils chirurgien
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