Animal mon prochain

La boucherie transcendante, Capital et réification, les chemins du Réel. "Celui qui combat des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l'abîme regarde aussi en toi" Nietzsche

26 mai 2009

Satie : vas y chochotte !

Et voilà le prince Erik...présenté par lui même...Un joueur d'amoureux, un chagrin dans les rues...Ah, Suzanne t'as pas été sympa avec le gymnosophiste...

Tout le monde vous dira que je ne suis pas un musicien. C'est juste.

Dès le début de ma carrière, je me suis, de suite, classé parmi les phonométrographes. Mes travaux sont de la pure phonométrique. Que l'on prenne le « Fils des Étoiles » ou les « Morceaux en forme de poire », « En habit de cheval » ou les « Sarabandes », on perçoit qu'aucune idée musicale n'a présidé à la création de ces œuvres. C'est la pensée scientifique qui domine.

Du reste, j'ai plus de plaisir à mesurer un son que je n'en ai à l'entendre. Le phonomètre à main, je travaille joyeusement & sûrement.

Que n'ai-je pesé ou mesuré ? Tout de Beethoven, tout de Verdi, etc. C'est très curieux.

La première fois que je me servis d'un phonoscope, j'examinai un si bémol de moyenne grosseur. Je n'ai, je vous assure, jamais vu chose plus répugnante. J'appelai mon domestique pour le lui faire voir.

Au phono-peseur un fa dièse ordinaire, très commun, atteignit 93 kilogrammes. Il émanait d'un fort gros ténor dont je pris le poids.

Connaissez-vous le nettoyage des sons ? C'est assez sale. Le filage est plus propre ; savoir classer est très minutieux et demande une bonne vue. Ici, nous sommes dans la phonotechnique.

Quant aux explosions sonores, souvent si désagréables, le coton, fixé dans les oreilles, les atténue, pour soi, convenablement. Ici, nous sommes dans la pyrophonie.

Pour écrire mes « Pièces froides », je me suis servi d'un caléidophone-enregistreur. Cela prit sept minutes. J'appelai mon domestique pour les lui faire entendre.

Je crois pouvoir dire que la phonologie est supérieure à la musique. C'est plus varié. Le rendement pécuniaire est plus grand. Je lui dois ma fortune.

En tout cas, au monodynamophone, un phonométreur médiocrement exercé peut, facilement, noter plus de sons que ne le fera le plus habile musicien, dans le même temps, avec le même effort. C'est grâce à cela que j'ai tant écrit.

L'avenir est donc à la philophonie.

Mémoires d'un amnésique, 1912

Posté par dingos à 16:26 - Poésie du réel - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Jean Cocteau fut un de ses plus chaud partisan:Il écrivait
"Il arrive à Satie l'aventure de la belle au bois dormant,avec cette difference qu'il était seul à dormir et qu'il se réveille jeune parmi les morts"

Satie mourut dans la misère.

Posté par Annette, 27 mai 2009 à 10:38

je connais peu l'oeuvre de Satie, et je suis ravie de pouvoir lire sur lui...

Posté par chrissouboubou, 28 mai 2009 à 01:07

Comme le dit...

...Annette, il mourut dans la misère et son intérieur était dans un état, étonnant on va dire.Son texte le prouve, il était doté d'un humour et d'un anti conformisme de classe.Si quelqu'un connait bien sa vie et peut me confirmer le fait, la "fanfare bolchévique" a assisté à son enterrement.Dire que j'ai fait connaissance avec le bonhomme étant tombé par hasard une nuit sur l'indicatif(gnossiennes)d'une émission de...Gonzague Saint Bris,le précurseur de Macha Béranger.Merci pour le rappel.

Posté par morsli, 29 mai 2009 à 11:56

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