Animal mon prochain

La boucherie transcendante, Capital et réification, les chemins du Réel.

05 juillet 2008

Le sport et la mort

La colonisation du vécu.
Pour cette notion on peut repartir des analyses du philosophe allemand Habermas ou de celles de Reich en 1933. Ces analyses mettent en évidence l'instrumentalisation de la subjectivité des masses.

Le lieu où s'effectue cette colonisation, cette instrumentalisation, c'est le corps. Comme toujours c'est sous la lampe que l'on voit le moins clair. L'inscription idéologique rend opaque le corps singulier. L'inscription sociale passe par l'idéologisation du rapport au corps. Nous sommes face à un problème de non-intelligence de la situation, en particulier des problèmes liés au racisme, au sexe, au Sida ou à la peine de mort.
L'exemple du sport montre bien qu'il faut interroger le rapport quotidien au corps.
Pourquoi ne trouve-t-on pas de théorie de la mort dans le marxisme ? Il n'y a pas de point de vue critique sur la mort, hormis des pistes chez Reich et Marcuse.

Il y a un problème de réflexion critique sur le sexe, le corps, la mort, et la vie quotidienne. Nous sommes face à une absence. A chaque fois que dans les sphères militantes d'extrême gauche on aborde ces questions, la réponse est inéluctable : c'est secondaire!
Mais quand par exemple on étudie le sport on s'aperçoit qu'il résume à lui tout seul l'approche totalitaire d'un mode de production englobant. D'où mon intérêt pour les zones dites non-prioritaires et la sphère existentielle. Elles éclairent les enjeux véritables des rapports sociaux.

Une tendance lourde : La marchandisation.

Au risque de choquer l'auditoire, je pense que très souvent on se focalise sur la précarité, le chômage. Mais on ne s'aperçoit pas que ces phénomènes ne sont que des effets seconds.
Certes ils sont massifs et dominants, mais ils ne sont que des conséquences de quelque chose de plus fondamental et en ce sens ils sont secondaires.

Il faut regarder en amont comment s'organise la concentration et l'accumulation du capital. Comment la destruction de la force de travail est liée à l'accélération technologique. Pour comprendre cela il faut reprendre le principe de rendement cher à Marcuse.
Dans la course à l'argent il n'y a pas de point de vue moral. La capitalisation passe par une marchandisation massive du corps et de l'esprit. C'est le cas pour le sperme, les yeux, le sang, les organes greffables, les enfants, les morceaux d'enfants, la prostitution sous toutes ses formes.

Le déni de la mort.
Nous devons prendre en compte cette tendance lourde qui est mortifère. Celle-ci induit de fait un déni de la mort.
Sur ce point nous sommes redevables des travaux de Louis-Vincent THOMAS.
L'occident est engagé dans une course meurtrière, où la dénégation de la mort est corollaire du culte de la jeunesse, de la recherche de la forme.
Cette tendance massive est une dénégation de l'angoisse de la mort, y compris du point de vue militant.
Regardez les pratiques sociales contemporaines qui sont fondées sur le culte de l'extrême, ou encore les conduites à hauts risques : le sport, la vitesse, la toxicomanie, la violence urbaine, le Sida, le flirt avec les limites.
C'est une tendance massive de confrontation avec les limites, une volonté de dépassement de soi.
Le mot-d'ordre est celui de la réalisation de soi par n'importe quel moyen, le jogging, le zen, ou autre.
Tout cela est un déni du vieillissement, une visée de jeunesse éternelle.
Je pense qu'il faut intégrer la mort pour comprendre la vie.

On sait maintenant que le lien social est organisé autour de la libido. Le lien dans les groupes sociaux est fondé sur la sublimation et l'échange libidinal.
Le lien social est-il basé seulement sur l'échange rationnel, ou comme l'affirment les structuralistes sur uniquement l'échange de signes ?
Ces deux explications sont insuffisantes, on doit accepter une troisième approche qui explique le lien social par la sublimation dans les groupes sociaux. Sublimation en particulier d'un désir homosexuel.
Les sociétés ne peuvent perdurer que s'il y a un lien érotique entre les composantes du groupe.
Au contraire de cela la pulsion de mort tend à la désagrégation. C'est ce qui se passe dans le capitalisme. La pulsion d'Eros fonde, quant à elle, la tendance à l'agrégation.
Nous assistons actuellement au triomphe de la désagrégation, du mortifère. Il y a une absence de projet érotique, le plaisir est absent et il n'y a pas de projet libidinal.
L'érotisation publique et spectaculaire est liée à l'appauvrissement massif du lien social et ce sur fond de surdétermination par l'épidémie du Sida.
Les militants astucieux pourraient interroger les campagnes de prévention actuelle sur les préservatifs.
L'injonction est de "sortir couvert". Quel est le signifié de tout cela ?
Est-ce seulement une mesure d'hygiène ou une mise sous cellophane ?
Du point de vue symbolique il aurait lieu de s'interroger sur cette asepsie plastifiée.
Quel est le rapport à l'autre dans ce cadre ?


Il faut relire "Psychologie de masse du fascisme du fascisme" de Wilhelm REICH. Cette psychologie était basée sur une désérotisation des corps pour intégrer l'esprit au fascisme. Il fallait s'emparer des âmes par les corps.
Regardez ce qui s'est passé à la conférence du Caire. Il y a eu une alliance entre les mollahs et le pape contre la maîtrise du corps par les femmes elles-mêmes.

A chaque fois il y a un reflux pour les femmes. Le cannibalisme religieux s'attaque toujours en priorité aux femmes et aux intellos.
On peut aussi se référer à une étude que j'ai faite sur les textes catholiques : les encycliques, les catéchismes, les directives de l'épiscopat.
Il y a un soin maniaque à vouloir codifier ce qui relève du sexe. Ce n'est pas dans l'antiquité, c'est actuel. C'est typique de ce que décrivait Foucault sur la microphysique du pouvoir.

L'interdit de penser va de pair avec la répression sexuelle.
Je crois qu'il faut oser dire que nous sommes face à une montée du fascisme religieux.

Le contrôle social
Le contrôle social continue de se développer. Les prescriptions normatives pleuvent pour le tabac, l'alcool, la drogue, le Sida, etc....
L'hygiène obligatoire est devenue commune, les prescriptions d'hygiénistes banales.
On constate une association entre la politique totalitaire et la captation des corps avec les prescriptions qui en découlent.
Il y a bien une idéologie hygiéniste, mais en fait c'est plutôt un système de croyances auquel on adhère. On même dire que c'est incorporé, que les croyances sont faites chair. On peut retrouver là le fameux "habitus" de Bourdieu.

Une réelle lutte contre l'aliénation passe par l'analyse des mécanismes de reproduction sociale. On peut se référer au livre "Du coté des petites filles" ou à la "Fabrication des mâles", à la production des rôles sexués, à la division sociale des rôles.
Par exemple qui est vieux ? A quel âge est-on vieux ? Quarante-cinq ans ? Trente-cinq ? Trente ?
On constate un abaissement permanent du seuil de vieillesse. C'est l'imposition symbolique d'un ordre ou d'un modèle idéal.
Les représentations sociales sont fondamentales dans la régulation sociale.

Le sport
Vous pouvez vous reporter au texte que je vous ai envoyé. Dans ce cadre on peut s'interroger sur le rôle que joue un président pétainiste qui soutient un gangster comme Tapie.
Le sport est bien une machine à décerveler et cela avec l'argent public.
Il faut dénoncer cet abrutissement totalitaire que produit le sport.
Aucun groupe politique n'a mené de réflexion ou de luttes sur le sport.
Vous allez voir lors du le prochain Mundial l'ampleur des dégâts. Personne ne dit rien de cela et l'idéologie passe toute seule. Il faut parler de l'impact du sport dans les classes populaires.
Pourquoi les prolos adhèrent-ils tant au foot ? C'est une aliénation culturelle massive.
C'est une division du travail entre les religieux et les fascistes. Regardez les supporters, les "Kops"!

Où se construit l'internationale fasciste ? Dans et autour des stades!
Où se mène la guerre civile ? Dans et autour des stades!
Dans ce domaine il y a une carence de la gauche. Que disent le P.C. et le P.S. ? Le sport c'est la culture du peuple, il faut l'accepter ! Seuls quelques militants ont une attitude critique.
C'est un peu identique pour la propagande religieuse. Comment vouloir changer le monde alors que le Vatican a le pouvoir au P.S.!
[ Cette conférence a eu lieu au début de la montée du phénomène "Delors", le soufflet médiatique est maintenant retombé,. Il s'est déplacé ensuite de "l'Abbé Pierre" à "Monseigneur Gaillot". Comme quoi la religion occupe bien le terrain de l'actualité spectaculaire ! ]

La religion est une captation de l'imaginaire, une machine à faire rêver et un onirisme dévoyé.
Regardez l'armée comme elle cultive la haine de la sexualité, comment elle cultive la bestialité abjecte. Regardez l'adjudant Chanal! La seule sexualité tolérée est la sexualité à connotation fasciste.
Et cela c'est le milieu moyen du foot!

Si des jeunes sociologues avaient ce souci critique, ils pourraient aller étudier ce qui se passe dans les vestiaires. Ils verraient la bêtise, le racisme, le machisme ,la bestialité et la brutalité du français moyen.
L'extrême-gauche a été trop cocoonisée, elle est sortie de la gauche et maintenant ce sont tous des orphelins.

Depuis la période post-68 il y a une panne de la réflexion, un état de coma prolongé.
Certes on consomme de la critique, mais il manque la continuation de la critique. Le problème c'est de produire de la critique, de retrouver les réflexes conceptuels.

Extrait d'une conférence de Jean Marie Brohm à Nantes, 1994

Posté par dingos à 16:57 - Politique - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Jean Marie Brohm

Je vais chercher Jean Marie Brohm.
Il est bien le titou.

Le sport est la monstruosité contemporaine dont on ne voit pas les formes. Comme la religion au temps des "lumières". Merci Edison, merci surtout Jean Meslier.

La destruction de nos vies passe par le sport, comme elle passe par l'entreprise.

Les curés chrétiens sentaient la merde à distance. Les Mahométards puent pareillement. Le sport s'approche inodore.

C'est beau la chanson de tes mots mon Dingo ;)

Dingo chien libertaire

Posté par Dingo, 05 juillet 2008 à 17:18

Ok, je viendrai couiner sur ton blog! a bientôt

Posté par Anne-Marie, 06 juillet 2008 à 16:43

Anne Marie ?

Le coeur de Dingo sautille aussi.

Les philosophes me rassurent mais comme toi je me demande quand est-ce qu'ils vont se mettre à crier.

Le philosophe ici c'est Yann. Il a agité sa patte aujourd'hui. Il va reparler de la cruauté m'a t-il dit.

L'idée de Dingo c'est quand même de comprendre tous ces mécanismes qui nous rendent, si j'ai bien compris, malades pareillement.

N'hesite pas à intervenir dans cette reflexion ;)

Couinement sincère

Posté par Dingo, 06 juillet 2008 à 17:44

Pour résumer, les valeurs de dépassement de soi, de compétivité, valeurs sportives, boucleraient le travail idéologique conduit par le capitalisme visant à l'assujetissement complet de l'homme, ce dernier venant même à en redemander dans son exploitation !
Un exploité qui demande le bâton, quel pied !

Posté par TAOMUGAIA, 06 juillet 2008 à 19:19

Couinement...

Bonjour, J'ai mis un commentaire pour toi sur le blog d'Yves Paccalet dans la rubrique "Pétarades ..."je n'hésiterai pas bien sûr à mettre des petits commentaires sur ton blog mais j'avoue que je suis déja bien bouffée par mes activités militantes (adhérente dans x assos de type révolutionnaire ou réformiste et même parfois en conflit les unes avec les autres!)car je n'arrive pas à choisir entre la défense des taureaux , des truies, des singes, des chiens et de TOUS les autres...je n'arrive plus à suivre et pourtant j'y consacre la majorité de mon temps...Le manque d'union entre toutes ces assos me déprime au plus haut point!Une autre raison de désespérer... A bientôt et merci pour ton blog

Posté par Anne-Marie, 07 juillet 2008 à 09:59

B'jour Anne Marie

Très amusant de laisser des messages à gauche et à droite ;)

J'ai été sur le site que tu indiquais chez Paccalet, CVN.

Bonjour le moral après. Je me croyais pessimiste. Je ne suis pas le seul, je vois.

C'est vrai que les ravis de la crêche, les ceinturés de certitude, les béats c'est encore le pire à supporter.

Je prends néanmoins comme hasardeuse l'hypothèse d'une disparition totale de sapiens.

Par contre, si la situation est pire qu'en 1969, c'est bien que les différents mouvements ne PEUVENT pas être entendus.

A voir les formes d'action à développer, dans le cadre d'un rapport de forces.
Perso, je ne me déplace plus qu'avec une batte de base ball ;)

Posté par Dingo, 07 juillet 2008 à 13:47

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